La Nomenclature DINTILHAC : qu’est-ce que c’est ?

Vous-même, ou l’un de vos proches, avez été victime d’un accident personnel ou professionnel, d’une agression, ou encore d’une erreur médicale ? Un tel événement peut engendrer des préjudices considérables, parfois un handicap permanent. Dans ces situations, la Nomenclature Dintilhac constitue le cadre de référence commun à l’ensemble des acteurs du dommage corporel pour identifier et évaluer chaque poste de préjudice indemnisable. Je vous en propose ici une présentation complète.

Origine et portée de la Nomenclature

Avant 2005, aucun référentiel unifié des préjudices en dommage corporel n’existait, ce qui engendrait d’importantes disparités d’indemnisation selon les régions et les juridictions. C’est pour remédier à cette situation que la secrétaire d’État aux droits des victimes a constitué un groupe de travail pluriprofessionnel, chargé d’harmoniser les pratiques.

Ce groupe, présidé par Monsieur DINTILHAC, alors président de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation, a donné naissance à ce que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de « Nomenclature DINTILHAC ».

Bien que dépourvue de valeur normative, cette nomenclature s’est imposée dans la pratique de l’ensemble des professionnels du dommage corporel : assureurs, avocats, magistrats. Elle organise les préjudices en deux grandes catégories : les préjudices patrimoniaux et les préjudices extra-patrimoniaux, chacune se subdivisant en préjudices temporaires et permanents, selon la date de consolidation.

La consolidation : une notion clé

La consolidation ne doit pas être confondue avec la guérison. Elle correspond au moment où les lésions se stabilisent et prennent un caractère permanent, tel qu’un traitement curatif n’est plus nécessaire, sous réserve, le cas échéant, de soins visant à prévenir une aggravation. La victime est alors dite consolidée, avec séquelles.

C’est un médecin qui fixe cette date de consolidation :

  • soit un expert judiciaire, lorsque l’expertise a été ordonnée par une juridiction ;
  • soit un médecin de compagnie d’assurances, dans un cadre amiable.

Cette date structure l’ensemble de l’évaluation, en distinguant les préjudices temporaires, antérieurs à la consolidation, des préjudices permanents, postérieurs à celle-ci.

Les préjudices patrimoniaux temporaires

Ces postes couvrent l’incidence financière subie entre l’événement traumatique et la consolidation.

  • Dépenses de santé actuelles (DSA) : dépenses de santé demeurées à la charge de la victime après intervention des organismes sociaux et des mutuelles.
  • Frais divers (FD) : ensemble des frais générés par l’événement traumatique : frais de transport, frais de tierce personne lorsque la victime ne peut plus accomplir certains actes de la vie quotidienne, frais d’assistance à expertise par un médecin-conseil de victimes.
  • Pertes de gains professionnels actuels (PGPA) : pertes de revenus subies par la victime entre l’événement et la consolidation.

Les préjudices patrimoniaux permanents

Ces postes couvrent l’incidence financière durable, postérieure à la consolidation.

  • Dépenses de santé futures (DSF) : dépenses de santé restant à la charge de la victime après consolidation, une fois déduite la prise en charge des organismes sociaux et des mutuelles.
  • Frais de logement adapté (FLA) : frais liés à l’aménagement du logement rendu nécessaire par le handicap : adaptation d’un logement existant ou, selon la gravité du handicap, acquisition d’un logement adapté.
  • Frais de véhicule adapté (FVA) : frais d’aménagement ou d’acquisition d’un véhicule adapté au handicap de la victime.
  • Assistance par tierce personne (ATP) : besoin d’assistance évalué lors de l’expertise médicale, après consolidation. Selon l’importance du handicap, l’intervention d’un ergothérapeute s’avère souvent indispensable, ce professionnel évaluant les besoins de la victime sur son lieu de vie, en situation réelle. L’évaluation de ce poste revêt une importance particulière : elle contribue directement à la restauration de la dignité de la victime.
  • Pertes de gains professionnels futurs (PGPF) : pertes de revenus subies par la victime depuis la consolidation.
  • Incidence professionnelle (IP) : ce poste n’indemnise pas la perte de revenus, déjà couverte par les PGPF, mais les répercussions périphériques sur la carrière : pénibilité accrue, dévalorisation sur le marché du travail, perte de chance professionnelle. Son évaluation s’effectue in concreto, c’est-à-dire en comparant la situation de la victime avant l’événement et après la consolidation.
  • Préjudice scolaire, universitaire ou de formation (PSUF) : préjudice propre aux enfants, adolescents et jeunes en formation, avant leur entrée dans la vie active.

Les préjudices extra-patrimoniaux temporaires

Ces postes indemnisent les atteintes à la personne antérieures à la consolidation.

  • Déficit fonctionnel temporaire (DFT) : indemnise l’invalidité subie dans la sphère personnelle pendant la maladie traumatique, jusqu’à la consolidation, notamment les périodes d’hospitalisation, de rééducation, ou de déplacement à l’aide de cannes anglaises.
  • Souffrances endurées (SE) : évaluées sur une échelle de 1 à 7, elles englobent tant les souffrances physiques que psychologiques.
  • Préjudice esthétique temporaire (PET) : indemnise l’altération de l’apparence physique avant consolidation : cicatrices, hématomes, port d’un plâtre ou d’un corset, déplacement en fauteuil roulant ou aux béquilles.

Les préjudices extra-patrimoniaux permanents

Ces postes indemnisent les atteintes durables à la personne, postérieures à la consolidation.

  • Déficit fonctionnel permanent (DFP) : indemnise l’invalidité subie dans la sphère personnelle à compter de la consolidation, en intégrant tant les atteintes aux fonctions physiologiques que la douleur permanente ressentie, la perte de qualité de vie et les troubles dans les conditions d’existence.
  • Préjudice d’agrément (PA) : indemnise l’abandon ou la limitation d’activités sportives, ludiques ou culturelles pratiquées avant l’événement, auxquelles la victime ne peut plus se livrer, ou seulement de façon altérée, en raison des séquelles.
  • Préjudice esthétique permanent (PEP) : indemnise l’altération de l’apparence physique après consolidation.
  • Préjudice d’établissement (PE) : indemnise la perte d’espoir, de chance ou de toute possibilité de mener à bien un projet de vie familiale, en raison de la gravité du handicap permanent.
  • Préjudice sexuel (PS) : peut être indemnisé en cas d’atteinte aux organes, mais également en cas de perte de libido ou de gêne positionnelle liée aux séquelles.

Le rôle central de l'expertise médicale

L’expertise médicale constitue le moment déterminant où l’ensemble des préjudices sera évalué. Sa préparation revêt, à ce titre, une importance capitale : il s’agit de réunir l’intégralité des pièces médicales auprès des établissements et des professionnels libéraux concernés, afin que le parcours de soins puisse être retracé dans son intégralité.

C’est pourquoi le concours d’un avocat formé et d’un médecin-conseil de victimes s’avère indispensable. Selon les séquelles présentées, d’autres professionnels de santé : ORL, neurologue, psychiatre, ergothérapeute, entre autres, pourront également être appelés à intervenir.

L'importance d'un accompagnement par un avocat formé

La Nomenclature Dintilhac recense un nombre important de postes de préjudice, dont la seule identification représente, pour une victime non avertie, une réelle difficulté. Or un poste omis lors de l’expertise médicale ou sous-évalué dans le cadre d’une transaction amiable est un poste définitivement perdu : la victime ne peut revenir sur un accord signé.

C’est précisément pour cette raison que le recours à un avocat formé au droit de la réparation du préjudice corporel s’impose. Au-delà de la maîtrise de l’ensemble des postes de la Nomenclature, un tel accompagnement permet :

  • d’anticiper les stratégies des compagnies d’assurances, dont l’intérêt réside dans la minimisation de l’indemnisation ;
  • de préparer la victime à l’expertise médicale ;
  • de veiller à ce que chaque séquelle, physique comme psychologique, soit correctement documentée et valorisée.

Maître Sandrine TAUGOURDEAU

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